Principal opposant camerounais, libéré en octobre après neuf mois de détention, Maurice Kamto expose ses solutions pour mettre un terme à la crise anglophone.

Maurice Kamto se considère tout à la fois comme un président élu mais sans pouvoir et comme un prisonnier en sursis. Le principal opposant au Cameroun a été libéré de prison le 5 octobre, sur instruction du président Paul Biya.

Le leader du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) avait été placé en détention fin janvier avec une centaine de ses partisans alors que, depuis octobre 2018, il revendiquait la victoire à l’élection présidentielle ayant permis la reconduction de M. Biya après trente-six ans de règne.

Aujourd’hui, le Cameroun est traversé par de multiples crises… Un conflit séparatiste dans les provinces anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, une instabilité chronique dans l’Extrême-Nord due à la persistance des attaques de Boko Haram et une rivalité politique qui dérive en tension ethnique.

Après avoir pourtant battu campagne, Maurice Kamto et son parti ont finalement décidé de boycotter les élections législatives et municipales annoncées pour le 9 février 2020.

Pourquoi avez-vous décidé d’opter pour la politique de la chaise vide lors des prochaines élections ?

Maurice Kamto La première raison est la non-résolution du conflit armé dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Aller aux élections sans avoir réglé cette crise serait dire aux populations de ces régions qu’elles ne sont pas camerounaises. On acterait ainsi la partition du pays. La deuxième raison, c’est la non-résolution des problèmes du système électoral, l’une des causes majeures de la crispation politique au Cameroun. Même Elecam, l’organisation en charge des élections, demande la réforme du code électoral adopté en 2012. Pendant les neuf mois de notre détention, la communauté internationale, emboîtant le pas aux acteurs politiques camerounais, a aussi demandé la modification consensuelle du système électoral avant l’organisation de nouvelles élections. Ce qui n’a pas été le cas. Si nous allions aux élections dans les conditions actuelles, les mêmes causes produiraient les mêmes effets.

Ne risquez-vous pas de payer cher cette stratégie ? Celle-ci pourrait vous éliminer de la prochaine course présidentielle car, sans élus, le MRC ne pourrait présenter de candidat.

C’est un risque réel. Mais là n’est pas le sujet. La question est de savoir si l’on crée un parti politique pour s’adjuger quelques sièges supplémentaires à l’Assemblée nationale ou quelques mairies sans avoir d’impact sur la vie politique et surtout sur celle des Camerounais qui souffrent énormément. Participer à ces élections serait un calcul à très courte vue. Si le pays est dans cette situation terrible, que ce soit sur le plan sécuritaire ou économique et social, c’est parce que nous n’avons pas des dirigeants choisis par les Camerounais et qui doivent leur rendre compte.

Vous continuez de revendiquer la victoire à la dernière présidentielle. N’est-ce pas vain ?

Ce n’est pas parce que quelqu’un est un voleur et qu’il ne vous rendra peut-être jamais votre bien que vous n’avez pas le droit de dire qu’il a volé. Nous sommes devant une situation où nous avons tendu la main pour que nous soldions le passif de la présidentielle de 2018, ce qui aurait permis à tout le monde de regarder l’avenir. Personne n’a saisi notre main. Nous n’avons fait que demander le recomptage des voix sur la base des procès-verbaux d’Elecam. C’était la meilleure façon de nous confondre si nos accusations étaient des affabulations. Cela n’a pas eu lieu et donc rien ne nous interdit de dire qu’il y a eu un hold-up électoral en 2018.

Comment alors sortir de la crise politique ? Par une transition ?

Il faut que le pouvoir en place accepte que l’on s’assoit. Nous ne réfléchissons pas en termes de transition, la question est institutionnelle. Ce ne sont pas les individus qui comptent, ce qui importe est la mise en place d’un dispositif législatif électoral qui garantisse des élections libres et transparentes au Cameroun.

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