C’est ce qui se dégagé des réalités vécues par la délégation de la Commission nationale des droits de l’homme et des libertés (Cndhl) qui vient de séjourner dans les villes de Bertoua, Bétaré-Oya, Batouri et Messamena.

La descente d’investigations effectuée par la Cndhl dans cette partie du pays du 26 au 29 novembre 2018 visait non seulement à évaluer la situation réelle des droits des personnes détenues et gardés à vue dans les localités évoquées, mais aussi à obtenir des informations concrètes sur certains cas précis des détenus auprès des autorités compétentes», a expliqué Gabriel Nonetchoupo, chef de mission du Cndhl. De Ber- toua à Messamena, en passant par Bétaré-Oya et Batouri, la délégation de la Commission nationale des droits de l’homme et des libertés a pu apprécier les conditions de détention des personnes détenues, recenser des cas d’atteintes aux droits fonda- mentaux des personnes arbitrairement détenues ou gardées à vue, aux fins de leur libération. 

Accompagné à chaque étape du Procureur de la République des localités cibles, la délégation de la Cndhl a visité tour à tour les brigades de gendarmeries, les commissariats de sécurité publique, les parquets des tribunaux de première et de grande instance, ainsi que les maisons d’arrêts. Dans la plupart des prisons visitées, la promiscuité est la chose la mieux partagée. Les détenus dorment soit à même le sol, sur des morceaux de cartons ou des nattes, faute de lits et de matelas, en violation flagrante des règles minima de détention. Les prisons elles-mêmes croupissent sous le poids de la vétusté et du nombre de détenus qui augmente chaque jour. Dans cette région, les dispositions généreuses de la loi visant à désengorger les lieux de détention tardent à produire les effets attendus.

Conditions d’hygiène

Aussi bien à la prison centrale de Bertoua, à Bétaré-Oya, Batouri ou Messamena, les conditions de détention donnent froid au dos. Les conditions d’hygiène et de salubrité sont déplorables à cause du délabrement de ces structures. L’insuffisance des aliments et l’eau potable est un problème crucial pour les dé- tenus. L’insuffisance du personnel médical et d’équipements sanitaires, le nombre très élevé de détenus, le déficit d’encadrement psychologique et le manque d’in- formations sur les procédures judiciaires en cours constituent des obstacles majeurs au respect des droits des dé- tenus de cette région. Dans la plupart des commissariats de police et brigades de gendarmerie à l’Est, hommes, femmes et enfants sont entassés dans les mêmes cellules. En total contradiction avec les règles internationales de garde à vue adoptées par les Nations Unies qui stipulent que tout lieu de détention doit comporter une séparation claire entre hommes, femmes et mineurs. 

Le budget alloué par l’Etat pour la prise en charge des dé- tenus est si maigre que ces derniers doivent compter sur leurs familles pour bien manger, dormir et se soigner. Du coup, les détenus abandonnés par leurs familles vivotent, se débrouillent ou meurent par- fois faute de soins. Une source ayant longtemps travaillé à la cuisine de la prison centrale de Bertoua indique que «la ration alimentaire est la principale cause de mortalité dans ce pénitencier». La ration journalière en question est composée de couscous fait à base de farine de manioc et de maïs, tandis que la sauce est un mélange de 50 litres d’eau, d’un demi-litre d’huile de palme, d’un zeste de pâte d’arachide et de colorant. A cela, on ajoute un mélange de levure chimique et de farine de manioc pour faire gonfler le tout. La situation de la prison centrale de Bertoua n’est pas isolée. Elle est identique à celle de la plupart des prisons de cette région où de nombreux détenus abandonnés par leurs familles racolent pour vivre. La ration pénale, constituée pour la plupart de temps de maïs mélangé à du haricot ou de riz est loin d’assurer l’équilibre du détenu. Ceux qui reçoivent régulièrement des visites la comble de repas ra- mené par leurs familles ou de la nourriture acheté dans les restaurants par d’autres détenus. L

Dans la plupart des prisons à l’Est, les malades cohabitent dans des locaux exigus avec des détenus sains qu’ils contaminent le plus sou- vent. Ceci, pour des raisons de risque d’évasion soutient-on. La faute à un système judiciaire qui n’a pas toujours intégré l’objectif principal du Code de procédure pénale dont l’application devait per- mettre une décongestion des prisons du Cameroun. Malheureusement, malgré les possibilités qu’offre ce texte sur les mises en liberté, on se rend compte que près des trois quart des détenus de nos prisons restent des prévenus.

Source: Essigan N°145

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